ladane nasseri

Iran: la bataille continue pour les réformistes
La Presse, mardi 5 juillet 2005


Téhéran - Huit ans après le mouvement de réforme lancé par le président Mohamad Khatami, le beau discours sur la démocratie iranienne semble avoir perdu de sa verve.

Déçus par les faibles résultats obtenus sous son règne, beaucoup d'Iraniens se sont abstenus de voter lors des dernières élections. D'autres, en particulier ceux en provenance de milieux moins aisés et plus religieux, ont soutenu Mahmoud Ahmadinejad, le maire populiste de Téhéran aux tendances extrémistes qui tout au long de la campagne électorale a judicieusement fait de l'égalité et de la justice son cheval de bataille avant de remporter la bataille présidentielle vendredi dernier.

Selon Nasser Hadian, professeur de sciences politiques à l'Université de Téhéran, il y a huit ans les Iraniens liaient l'efficacité d'un gouvernement à sa nature démocratique. " Mais le gouvernement réformiste n'a pas su offrir la prospérité, explique-t-il. Un fossé de plus en plus grand s'est créé entre les idéaux de liberté, de respect des droits de l'homme tels que prônés par les réformateurs et les réalités quotidiennes économiques. La démocratie, ça ne constitue pas le pain du souper "

Les rênes du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire sont désormais aux mains des conservateurs qui bénéficient du soutien sans faille de l'institution du Conseil des gardiens et de celui du tout-puissant guide religieux, l'ayatollah Ali Khamenei. Un phénomène qui, au dire de M. Ahmadinejad, augmentera " fraternité " et " sentiment d'unité " au sein du pays, mais qui laisse cois de nombreux activistes politiques qui y voient là la structure modèle d'un régime réactionnaire.

Faire face aux responsabilités

Issa Saharkhiz, qui faisait partie de l'équipe du candidat réformateur Mostapaha Moïn, se veut optimiste quant à l'avenir, mais il est catégorique sur un point: " Tout ralentissement équivaut à une régression. Le progrès est relatif au contexte mondial et aux pays avoisinants. Or, nos voisins vont de l'avant et nous prenons de la distance par rapport à eux " dit-il.

L'échec brûlant à la présidentielle est pourtant loin de couper les ailes des réformateurs. M. Moïn, qui compte établir un front pour la démocratie et les droits de l'homme, annonce que dorénavant " compte tenu de l'uniformité politique, aucune entité ne sera en mesure de se défaire de ses responsabilités ", une situation que Mohammad Reza Khatami, secrétaire général du parti et frère du président sortant, qualifie de " meilleur contexte possible pour exercer l'efficacité du mouvement d'opposition. "

Un mouvement d'opposition qui, fort d'un éventuel regroupement des réformateurs, modérés et centristes, prendrait un poids tout particulier. Les lignes d'actions communes ne manquent pas: protection des intérêts du pays, lutte contre le risque d'extrémisme, etc. Mais selon M. Hadian, il serait surtout temps de " fonder un parti basé sur les valeurs démocratiques et doté d'une plateforme de justice sociale ".

En attendant, Karim Arghandehpour, membre du Parti réformiste et rédacteur en chef du quotidien réformiste Iqbal, interdit récemment par les autorités, suggère la création d'un cabinet miroir qui "refléterait les actions des membres du gouvernement et serait en charge de formuler des critiques constructives. "

Le défi, selon M. Arghandehpour, est de créer un dialogue avec les habitants des villes et villages de province qui, n'ayant pas accès à la presse réformiste ou à l'Internet, se sentent en marge du processus de réformes.

M. Saharkhiz est tout de même d'avis qu'au cours de ces huit dernières années " les doigts de la démocratie ont laissé des traces partout dans ce pays. " Il n'est plus possible aujourd'hui, compte tenu du contexte national et mondial, d'être ouvertement contre la liberté et la démocratie, dit-il.

" La petite ouverture donnera lieu à plus de demandes et ainsi de suite. Comme dans un barrage. Une fois la fissure créée et les premières gouttes infiltrées, il est difficilement possible de faire face à la pression ", prévient-il.Á


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