ladane nasseri

Iran: le second tour des élections demain
Les réformateurs se rallient à contrecoeur à Rafsandjani


La Presse, jeudi 23 juin 2005


Téhéran - " Votez pour Akbar! " encouragent les messages qui circulent depuis quelques jours entre les téléphones portables, faisant allusion à Akbar Hachémi Rafsandjani, candidat du second tour de l'élection présidentielle prévu demain. " Pas parce qu'on l'aime mais parce qu'on déteste l'autre. "

Des affiches et tracts publicitaires disséminés au sein de la ville rappellent de même: " Rafsandjani, le seul remède pour la survie de la démocratie " ou en version plus brutale: " Les talibans arrivent. "

À deux jours de la présidentielle, la campagne électorale a repris de plus belle en Iran, mettant en scène le candidat pragmatique Akbar Hachémi Rafsandjani et l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. À la différence que le groupe de soutien de l'ancien président s'est considérablement élargi allant jusqu'à englober une grande partie des réformateurs.

Les jeunes en patins à roulettes ornés d'autocollants " Hachémi " qui faisaient la promotion de l'ex-président au son d'une musique techno ont fait place aujourd'hui à un ralliement de personnalités politiques, intellectuels, activistes et dissidents s'acharnant à mobiliser le pays à coup de déclarations officielles et de débats en public.

La mission? Bloquer l'ascension au pouvoir de M. Ahmadinejad, maire actuel de la ville de Téhéran. Peu prisé dans les sondages, ce dernier s'est hissé à la deuxième place du premier tour, frauduleusement selon certains candidats, éliminant ainsi le réformateur Mostapha Moïn.

L'enjeu est de taille: l'homme à l'allure populiste est un fondamentaliste religieux qui bénéficie du soutien de la toute-puissante institution du Conseil des Gardiens. Avant même d'être élu, il décide de compartimenter les espace publics en fonction des sexes, d'établir la liberté dans les confins dictés par de l'Islam et enfin, déclare ne pas vouloir établir de relation avec les pays " ennemis " de l'Iran.

Le militant Fariba Davoodi, 40, estimant que le mouvement de reforme ne peut progresser dans le cadre de la Constitution de la République islamique parce qu'elle confère trop peu de pouvoir au président, a refusé de voter au premier tour. Choquée par les résultats, elle est pourtant revenue sur sa décision. " Il est nécessaire de délivrer un non à Ahmadinejad ", lance-t-elle, convaincue qu'autrement les minimes progrès réalisés lors des huit dernières années sous le régime du président sortant Mohammad Khatami seraient anéantis.

Le scénario français

D'ailleurs Khatami, Moïn, ainsi que les deux principaux partis réformateurs ont officiellement annoncé leur soutien à Rafsandjani. Une situation qui n'est pas sans rappeler celle des élections présidentielles de 2002 en France où, pour faire barrage au radicalisme de Jean-Marie Le Pen lors du second tour, les socialistes se sont quasi unanimement rabattus sur Jacques Chirac.

Hamid Reza Jalaipour, sociologue à l'Université de Téhéran, estime qu'il faut détecter le candidat qui instaurera un gouvernement plus " doux " et " qui donnera à la société la possibilité de respirer et, à ceux intéressés par la démocratie d'exister ". Il tranche pour M. Rafsandjani, rappelant que c'est à la suite de ses deux mandats de président de république (1989-1997) qu'est né le mouvement de réforme de M. Khatami.

Pour les réformateurs, l'enjeu est aujourd'hui de sauvegarder les piliers de la démocratie et d'éviter l'instauration d'un régime réactionnaire fondé sur des bases militaires et qui risquerait de tourner au " fascisme religieux ". Ce scénario, estime Issa Saharkhiz, membre de l'équipe de Moïn, serait " une porte ouverte pour une invasion par le gouvernement américain de George Bush ".

" Démocratie, démocratie, démocratie ", réclamaient les étudiants il y a une semaine encore lors d'une rencontre massive dans un stade de l'université de Téhéran avec leur favori, Moïn.

" Nous avons la possibilité de choisir Rafsandjani et c'est cela la démocratie ", écrivait dimanche dernier Mohammad Qouchani, le rédacteur en chef du quotidien réformateur Shargh, invitant ainsi les lecteurs à aller voter. " Et puis nous pourrons commencer à le critiquer dès la semaine prochaine." Á


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